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    Petite chronique des rois de France

  

LOUIS VII

 

 

Louis VII Le Jeune

 

Louis VII est né en 1120. Il est le fils de Louis VI et de Adélaïde de Savoie.

Il est surnommé Le Jeune car il n'était pas destiné à régner. Il fut élevé à Saint Denis peut être dans le but d'en faire un prélat, mais le destin avait voulu la mort accidentelle de son frère aîné Philippe, né en 1116, suite à une chute de cheval le 13 octobre 1131. Aussi il fera partie de la cohorte des trente cinq rois ayant reçu l'onction du sacre à Reims, devenant « lieutenant de Dieu sur la terre » dans cette cathédrale où la France commençait à gagner son titre de fille aînée de l'Eglise et qui vient de célébrer son huitième centenaire en présence du Comte et de la comtesse de Paris, héritiers des rois de France. Il y fut sacré du vivant de son père, le 25 octobre 1131, par le pape Innocent II dans les fastes d'un rituel bientôt immémorial. Il était destiné à être un prince de l'Eglise, il deviendra ,comme ceux de sa lignée, une sorte d' « Evêque du dehors », laïque ordonné au seul ministère de son peuple tout en conservant pendant longtemps l'empreinte monastique de son éducation.

 

Ce sacre à Reims mérite d'être souligné car après lui tous les rois de France jusqu'à Charles X y seront sacrés hormis Henri IV et Louis XVIII. Comme l'a joliment dit le Comte de Paris : « Ce sont là nos racines qui s'ancrent dans le ciel ».

 

Louis VII épouse à Bordeaux, le 25 juillet 1137, l'héritière de Guillaume X dernier Duc de Bourgogne et d'Aquitaine : Aliénor, âgée de 15 ans, d'une beauté qui dépasse tout : «  la perpulchra ». Elevée à la cour de Poitiers, une des plus brillantes d'Occident, nous l'avons vu, son mariage a été organisé par son père et par Suger. A l'époque où les rois gouvernaient, les mariages dans les familles souveraines étaient des actes de gouvernement et correspondaient à des choix diplomatiques. Celui-ci fait de Louis un monarque puissant et riche. Il permet à la France d'acquérir une partie d Midi et de l'Ouest.

 

Aussitôt après ce mariage considéré comme splendide par les annales de l'Histoire, Louis VI meurt d'une dysentrie, c'est là que commence notre chronique de Louis VII.

 

 

Les influences contraires de Louis VII.

 

Louis monte sur le trône le 01 août 1137 ; il est âgé d'à peine 17 ans. Il est à nouveau couronné mais cette fois à Bourges le 25 décembre 1137. Comme son père il va au plus vite la couronne n'étant pas encore considérée comme héréditaire. Il écarte de la Cour sa mère, Adélaïde de Savoie qui comptant exercer sur lui une sorte de surveillance, entendait assumer seule le pouvoir et il gouverne avec le conseiller- ministre de son père l'Abbé Suger.

 

 

Nous l'avons vu, ce religieux de Saint Denis vit déjà depuis longtemps dans le Palais des rois et dans le tourbillon des affaires. C'est là son extraordinaire originalité quand on le replace dans son temps. On est alors à l'apogée de la réforme de l'Eglise.

 

Dans les monastères, le vent souffle à l'ascétisme. Le jeune ordre cistercien connait un succès foudroyant, l'abbaye bourguignonne de Citeaux mère très fertile de cet ordre connait un prodigieux développement. Sa fille la plus dynamique en termes d'expansion est l'abbaye de Clairvaux dont l'Abbé est le fameux futur Saint Bernard personnage majeur de la chrétienté de cette époque. Fils d'un chevalier châtelain de Bourgogne, il préféra renoncer à ses biens temporels pour se rendre au monastère de Citeaux. Son immense personnalité joua un rôle déterminant dans la fondation d'autres abbayes ente autres Fontenay qui sera un exemple de l'économie d'auto-subsistance de l'ordre Cistercien et un remarquable témoignage de l'architecture voulue par Bernard de Clairvaux.

 

Le fait que la cellule froide de Bernard et son grabat de paille aient pu devenir le centre de l'Occident caractérise bien l'esprit de l'époque. Jamais dans la structure hiérarchique de l'ordre social médiéval l'ascèse et le détachement du monde ne furent autant estimé qu'au temps de saint Bernard où la triomphante Eglise pontificale et le clergé tout entier ne parvenaient plus à satisfaire aux aspirations religieuses. Les papes, les empereurs et les rois y compris Louis VII, obéissaient à ce nouvel idéal de sanctification intérieure. Ceci pour bien faire comprendre la suite et la politique de Louis VII, essayant de maintenir un équilibre instable entre les avis complétement opposés de Bernard de Clairvaux et de Suger. Il faut bien le reconnaître, des erreurs ont été commises durant ce règne, ce fut souvent à cause de Bernard ; peut être aussi de Suger. Les historiens un peu rapidement les font supporter pour la plupart à Louis VII. Le lecteur jugera. On ne peut rien comprendre au règne de Louis VII si on n'a pas cela en tête.

 

Ainsi, le roi Louis VII, son exubérance juvénile calmée, s'était soumis plus encore à l'influence de Bernard qu'à celle de Suger.

 

SUGER et ALIENOR

 

S'il a lui-même des allures et des moeurs de moine qui se consume en dévotion, Louis VII est conseillé par Suger et dans l'intérêt du Royaume il s'opposa à Bernard, ainsi en 1141 en contestant l'élection de l'Evêque soutenu par lui. De plus, bien qu'il fit un mariage politique comme la plupart de nos rois, Louis VII aimait démesurément sa femme, et fut très vite plus influencé par elle que par Bernard et même que par Suger. Il faut dire qu'elle était à la fois belle, intelligente, vive, débordante de joie de vivre, aussi douée pour la poésie que pour les bons mots. Elle était la femme la plus adulée de son temps et elle aura aussi une grande part de responsabilité dans les erreurs commises sous le règne de Louis VII.

 

Suger lui-même, d'abord à l'écoute de Bernard, gouverne le monde au lieu de le fuir. Quand il sort du palais, il ne se plonge pas dans les macérations mais dans les comptes de sa seigneurie. Cet abbé n'écrit que des études d'administration et d'histoire. Pas un sermon, pas un traité de morale, ni de théologie, pas une élévation mystique. Au milieu des graves saint Bernard, Robert d'Aubrissel, Etienne de Muret, il éclate comme une exception. Les moines de Clairvaux et de la Chartreuse se vouent à la vie sauvage, maudissant la civilisation, dénudant les Eglises. Suger accumule pour Saint-Denis tous les miracles et chatoiements de l'art. Trois années après l'avènement de Louis VII les deux tours de l'abbatiale de Saint-Denis sont reconstruites dans toute leur magnificence.

 

Ainsi la basilique Saint Denis accède au rôle de guide spirituel du royaume. Rappelons nous que déjà en 1124 Suger a instauré le rituel de la remise de la bannière du Vexin, oriflamme de la basilique qui a été adopté par les premiers Capétiens. Lorsque Louis VI s'apprête à partir en guerre contre un ennemi étranger, nous avons vu qu'il vient prier Saint-Denis de défendre le royaume, de sauver sa personne, de résister aux ennemis. On lui remet alors l'oriflamme de soie vermeille. En même temps sont sorties de la crypte et exposées sur l'autel les reliques de Saint Denis, évêque missionnaire de Paris martyrisé puis décapité à Montmartre vers 250. La légende veut qu'il ait ramassé sa tête et l'aurait portée lui-même sur le site de la Basilique. Vers 475 sainte Geneviève fait élever une première église. Deux cents ans plus tard Dagobert fonde l'abbaye de Saint Denis et sera le premier roi de France a y être enterré. A partir de Dagobert, les rois de France commencent à s'y faire inhumer. A partir de l'avènement des Capétiens à la fin du X ème siècle, la tradition s'établit progressivement. Ni Philippe I pour cause d'excommunication ni Louis VI ni Louis VII n'y seront inhumés. Celui-ci y sera toutefois transporté sur le tard par Louis XVIII.

 

Le 11 juin 1144 le roi Louis VII, la Reine Aliénor et une trentaine de prélats assisteront à la consécration du coeur de la basilique Saint Denis entièrement restauré ; avec ses chapelles rayonnantes et sa voûte croisée en ogives marquant la naissance de l'art gothique à la charnière de l'art romain.

 

Mais Suger est d'abord et avant tout Ministre de Louis VII. Le roi passe la plus grande partie de son temps à Paris. Il y poursuit la politique nationale de son père, il continue à mettre en valeur le royaume, à consolider la nation et l'Etat. Bref le roi de plus en plus personnifie la France. Comme tel, il fait de multiples concessions aux communautés rurales, encourage les défrichements et favorise l'émancipation des serfs et protège le travail du monde agricole en voie d'organisation. Il prend appuis sur les villes en, accordant des chartes. Il est un de nos rois qui pousse le plus activement à construire des villes neuves, à multiplier et à développer le système des communes. Il soutient les évêques dévoués au pouvoir royal . Ce sera d'ailleurs la cause d'une brouille avec Bernard de Clairvaux en mai 1141 ; Il accorde en effet son investiture pour l'évêché de Langres à un moine de Cluny et non au candidat de Bernard.

 

Il n'en demeure pas moins que si son père Louis VI fut un des premiers à prendre vraiment au sérieux la mission morale de la royauté, il restera dans cette droite ligne. Il est cultivé, pieux, doux, pur. Il compatit aux misères. Il vit sans faste. Il est assez simple pour circuler au milieu des bourgeois de Paris sans aucune précaution . Il fait régner scrupuleusement la justice. Ainsi quant il bâtit son Palais de Fontainebleau, les ouvriers par mégarde englobent dans l'enceinte le champ d'un brave homme. Le propriétaire frustré se plaint. Le roi fait aussitôt raser les édifices élevés qui lui portent préjudice.

 

Depuis 1140 le roi s'est impliqué dans le conflit avec l'Angleterre qui depuis son grand-père Philippe I ne cesse de rebondir et qui oppose cette fois les petits enfants de Guillaume le Conquérant : Mathilde et Etienne, l'un et l'autre prétendant au trône d'Angleterre ; Tout en agissant dans l'intérêt du pays il veut ainsi manifester son estime et sa reconnaissance pour ses prédécesseurs contrairement à ce qui se passe aujourd'hui. Nous avons vu en effet, que Philippe I et Louis VI profitaient de la moindre occasion pour intervenir dans les querelles des Anglo-Normands et pour leur susciter autant de difficultés qu'ils pouvaient.

 

Ici un rappel historique s'impose car toute la deuxième partie du règne de Louis VII ca être empoisonné par ce conflit et la plupart des historiens vont en faire supporter la responsabilité sur lui.

 

En effet, depuis que Guillaume duc de Normandie est devenu roi d'Angleterre, il y a deux rois en France. La cause remonte à Edouard le Confesseur, ce roi d'Angleterre sans héritier direct qui avait désigné pour lui succéder Guillaume son parent par sa mère : Emma ( 940-1052) fille du Duc de Normandie Richard I donc sa grande-tante, qui domina son temps, par sa longévité, par son indépendance, par sa lucidité et qui joua un rôle politique essentiel. Le roi Edouard avait changé d'avis sur son lit de mort en janvier 1066 et désigné son beau-frère Harold de Wessex comme son successeur. Le roi était tout juste enterré, le 6 janvier 1066 qu' Harold se fit couronner. Mais Guillaume ne l'entendit pas ainsi ; il voulut faire respecter ses droits, fin stratège, mu par une volonté de fer et une confiance inébranlable en sa bonne étoile, il rassembla son armée d'abord à Dives sur Mer puis la conduisit à Sainte Valery sur Somme d'où elle partit pour l'Angleterre avec la bénédiction du pape Alexandre II, Harold s'étant parjuré en prenant la couronne.

C'est ainsi que débarquèrent sur les côtes anglaises 8000 combattants, plus de 4 000 marins, 3000 auxiliaires, parmi lesquels des Normands bien entendu mais également des Bretons et de Flamands, et 4000 chevaux. Ceci relevait de l'exploit. La bataille de Hasting meurtrière pour les deux camps dura toute la journée du samedi 14 octobre 1066, longtemps indécise entre les deux camps, grâce à l'intervention décisive de la cavalerie, la victoire fut finalement remporté par les Normands malgré une résistance farouche des Anglais jusqu'à la mort de Harold, après avoir reçu une flèche dans l'oeil. Cette victoire signifiait une maitrise de la logistique rendue possible par la prospérité du Duché, l'avance technologique de l'armée normande, ( la mobilité, la cavalerie, les archers) et bien entendu, la valeur des combattants, Guillaume le Conquérant en tête. Ce fut l'acte de naissance de l'Angleterre Normande.

 

Hasting avait déjà eu des conséquences décisives sur l'avenir de l'Angleterre et de la Normandie. Nous avons vu que la politique de nos deux précédents rois fut de séparer le Duché de Normandie du Royaume d'Angleterre ; en vain malgré un provisoire succès de Philippe I sur Guillaume qui fut tué en 1087. Louis VI après une lutte acharnée contre Henri I Beauclerc, troisième fils de Guillaume le Conquérant, Seigneur de Domfront dont il a construit la château actuellement en ruine en 1100 et devenu roi d'Angleterre à la même époque, en était toujours au même point à son décès. C'est à dire que le roi d'Angleterre avait toujours un pied à Londres et l'autre à Rouen.

 

Dans un premier temps Louis VII prend le parti de Mathilde en échange de la place forte de Gisors et du Vexin aux limites de la Normandie. Nous qui pouvons lire dans son avenir nous savons que Mathilde épousera Geoffroy Plantagenet. Louis pouvait-il deviner que sa femme qu'il chérissait allait le tromper avec son oncle, qu'après cet adultère il serait contraint de divorcer et qu'elle épouserait aussitôt le fils de Mathilde et de Geoffroy : Henri. Mais nous n'en sommes pas encore là.

 

Dans un deuxième temps, Louis traite avec Etienne qui avait débarqué en Normandie pour faire valoir ses droits. Le roi sa fait confirmer la possession de Gisors et du Vexin et se désintéresse de la querelle de famille anglaise.Il a d'autres sujets de préoccupation et attend de les avoir réglés pour savoir quel parti prendre et réfléchir à l'action à entreprendre contre les Anglo-Normands.

 

Louis VII a en effet deux gros soucis. La même année, en effet, il se dispute avec Bernard de Clairvaux et avec son principal vassal le Comte Thibaut de Champagne sous l'influence directe d'Aliénor, pour une sombre histoire d'adultère entre sa jeune soeur: Alix, Pétronille et le Comte Raoul de Vermandois, Sénéchal de France, conseiller, ministre, cousin du roi et mari de Gerberte nièce du Comte de Champagne.

 

Les conséquences de cette histoire d'amour et de passion furent la répudiation de Gerberte par Raoul de Vermandois vivement encouragée par Alénor qui de surcroit convainc son mari le roi de réunir un concile national pour annuler le mariage de Raoul et Gerberte.

 

Thibaut comte de Champagne appuya les plaintes de la comtesse de Vermandois sa cousine et décida le pape à excommunier Raoul son mari.

 

Embarrassé, Louis VII en veut à Aliénor de l'avoir mis dans le pétrin et il lui en aurait voulu encore plus s'il avait pu prévoir qu'elle en ferait autant que sa soeur quelques temps plus tard, mais Suger le convainc qu'il ne peut plus reculer; ce qui reviendrait à reconnaître la suprématie du pape sur un concile national. On peut, disait-il, être pieux et chrétien mais néanmoins soucieux des intérêts nationaux. En attendant, Raoul de Vermandois tout cousin du roi qu'il était, ( par Hugues de Vermandois frère de Philippe 1, bras droit de Godefroy de Bouillon tous deux héros de la prise de Jérusalem en 1099), se trouvait excommunié et cela ennuyait bien le roi, aussi il entama des négociations avec le comte de Champagne mais l'affaire s'embrouille car en même temps le roi tente d'imposer à l'archevêché de Bourges vacant son chancelier Cadurc contre Pierre de la Châtre élu par les chanoines du diocèse et candidat du pape Innocent II, sans qu'il lui en ait été référé.

 

Or, le droit canonique ( Décret de Gratien 28 e canon du premier concile de Latran) exigeait que les chanoines procédant à l'élection dans les trois mois de la vacance consultent non seulement les dignitaires séculiers mais également réguliers de la région. Enfin, le nouvel élu a besoin de la confirmation de son souverain auquel il prête serment de fidélité et dont il reçoit la « régalia » en contrepartie. Or, les Chapitres tendaient à s'assurer le monopole de l'élection sans même en référer au Prince contrairement à leur obligation.

 

Pour Suger comme pour le roi, cette attitude était inadmissible,d'autant plus que Pierre de la Châtre courut vers Thibaut de Champagne pour avoir son aide et qu'il intervienne auprès du pape. Ce qu'il fit et c'est dans ces conditions que le pape Innocent II jeta l'interdiction sur le royaume et excommunia le roi.

 

A une époque où l'on veut cacher comme une honte les racines judéo-chrétiennes de notre civilisation,il n'est pas inutile de rappeler que l'Eglise et la religion catholique occupaient une place importante à l'époque de Louis VII mais ses prédécesseurs se sont toujours efforcé qu'elles n'interviennent pas dans les affaires de l'Etat. Il en sera de même pour Louis VII et pour ses successeurs. Louis était un homme pieux et il trouvait que cette excommunication venant après celle de Robert II le Pieux et celle de son grand-père Philippe, cela faisait beaucoup. Néanmoins, il n'était nulle question de laisser le pape intervenir dans les affaires du royaume.

 

Poussé par Suger et Aliénor, Louis VII reprend la guerre en décembre 1142, il envahit le comte avec ses armées commandées par son frère Robert de Dreux et lors de son avancée incendie, en janvier 1143, la ville de Vitry en Perthois et son église dans laquelle s'était réfugiés 1500 habitants du village qui y trouvèrent une mort affreuse.

 

Le roi pétri de remords renonce à poursuivre la guerre. En vue d'apaisement il négocie et à l'automne 1143, il signe le traité de Vitry avec le comte Thibaut: il évacue la Champagne, il accepte l'élection de Pierre de la Châtre et il lui donne la regalia alors qu'il avait juré de ne jamais le reconnaître, il laisse son cousin régler seul ses comptes avec le pape et Thibaut c'est -à-dire que le comte de Vermandois doit reprendre sa première femme. En contrepartie l'excommunication et l'interdit sur le royaume sont levés. Le 22 avril 1144 ces clauses exécutées, la conférence de saint Denis règle définitivement le conflit entre le Saint-Siège et Louis VII.

 

Mais ce n'est pas fini après cet échec total alors que militairement il avait gagné la guerre, nous verrons qu'il se verra contraint non seulement de changer de politique mais d'emprunter une voie qui n'était pas la sienne qui sera donc cause de son malheur et donc celui de la France.

 

En attendant, une année plus tard, en 1145, après sept ans de vie commune, Aliénor mit au monde non pas l'héritier du trône mais une délicieuse petite fille prénommée Marie qui jouera un rôle important dans la vie culturelle du royaume. Très vive d'esprit,curieuse, enjouée et aussi très cultivée, on lui doit le renouveau des romans qui chantent à l'infini les exploits et les amours des chevaliers de la Table Tonde réunis autour d'Arthur. Son neveu s'appellera d'ailleurs Arthur et son destin sera aussi tragique que celui du roi légendaire. C'est également Marie qui inspirera au poète Chrétien de Troyes les amours de Lancelot et Guenièvre. Tous les poètes du Nord de la Loire et les trouvères écriront sous sa régence spirituelle; Elle épousera en 1164 Henri de Champagne et décédera le 11 mars 1198.

 

Mais là nous faisons oeuvre de Pythie ce qui est bien tentant quand nous savons pouvoir le faire sans risque de se tromper. Nous sommes donc en 1145. Malgré sa réconciliation avec le pape, le roi est toujours rongé de remords après l'incendie de l'église de Vitry en Perthois qui fut appelée longtemps Vitry le brûlé et maintenant Vitry le François. Il se sentait responsable de la mort de ces innocents. Il fit mander l'abbé Bernard de Clairvaux avec lequel il s'était réconcilié, pour se confesser et surtout pour prendre conseil afin qu'il le débarrasse du poids de ce remord.

 

SAINT BERNARD ET LA DEUXIEME CROISADE

 

Le saint abbé de Clairvaux dont nous l'avons vu l'aura est immense dans la chrétienté occidentale est gagné par une intuition. Il vient d'apprendre que les Francs des Etats Latins de Palestine ont subi un sérieux revers près d'Edesse, tenu par eux depuis 1098, d'un chef Sarrasin nommé Nour El Dîn et que de nombreux chrétiens furent massacrés.

 

Bernard de Clairvaux a alors l'idée de proclamer une nouvelle croisade, comme le pape Urbain II en 1095, avec cette fois la participation de souverains et du plus puissant d'entre eux le roi Capétien. Bernard persuada celui-ci qu'il n'obtiendrait le pardon de son crime qu'en allant au secours de la Palestine où les chrétiens perdaient par leur division ce qu'ils avaient acquis par leur courage.

Louis VII accepta d'emblée. L'abbé Suger, quoique il ait été choisi pour régent du royaume avec Raoul comte de Vermandois pourtant à l'origine de toute cette histoire, s'opposa de tout son pouvoir au départ de Louis. Fin politique, tout le contraire de Bernard, Suger craignait que le royaume souffre de l'absence prolongée de son souverain et surtout de l'intérêt d'une telle équipée en terre sainte, d'autant qu'il fallait prélever sur les sujets du royaume une imposition extraordinaire forcément impopulaire.

 

Le roi cette fois ne l'écouta pas. Il eut tort mais il était sous l'influence de Bernard,chargé maintenant de la propagande par le pape qui avait une bulle de croisade. Louis VII à la demande du saint abbé convoqua pour Pâques 1146 toute la noblesse de France à Vézelay et le 31 mars 1146. Bernard prononça en plein air sur le flanc Est de l'Abbaye, dont la nef avait été nouvellement reconstruite à la suite d'un incendie du 22 juillet 1120, une allocution si émouvante et qui suscita un tel enthousiasme que les prédicateur dut découper des croix dans ses vêtements pour satisfaire à la demande des présents et fixa lui-même une croix de drap rouge sur la poitrine du roi.

 

La reine Aliénor se croisa également et après elle dans l'enthousiasme, les grands seigneurs y compris le Comte de Toulouse, deuxième fils de Raymond IV, héros de la première croisade et même Thibaud de Champagne, ancien adversaire du roi réconcilié avec moult embrassades.

 

A Noël de la même année 1146 Bernard renouvela la même opération de communication au sein de la cathédrale de Spire en invitant à se croiser Conrad III de Hohenstaufen, Empereur Romain germanique ( 1138-1152). La dynastie des Hohenstaufen était héritière du démembrement de l'empire de Charlemagne qui comme pour les Carolingiens ne fut pas héréditaire. Elle s'était créée des liens avec de puissants seigneurs ayant fondé une citadelle en Argovie: le château de l'épervier en allemand Hadichtsburg qui a donné le nom de Habsbourg qui succéda aux Hohenstaufen, lesquel ont lié la dignité impériale à leur dynastie, comme les Capétiens en la rendant héréditaire. Pour cela il faudra attendre le milieu du XV ème siècle, mais cela durera jusqu'à la première guerre mondiale, qui précipita la chute du dernier Empereur d'Autriche-Hongrie Charles I dont l'ultime Prince héritier, l'archiduc Otto est décédé le lundi 4 juillet 2011 et eut droit à des funérailles nationales en présence des plus hautes autorités de la République en la cathédrale Saint Etienne à Vienne le 16 juillet.

 

En attendant Conrad III le souverain le plus important de l'époque après Louis VII décida de suivre celui-ci malgré les objections que pouvait lui dicter la prudence.

 

Après presque une année de préparation Louis VII quitta Paris pour Metz, le 12 mars 1147,en compagnie de la reine, laissant le soin de l'Etat à Suger et à Raoul Comte de Vermandois. De là il alla retrouver Conrad III à Ratisbonne, fut reçu par Geza II roi de Hongrie et les armées françaises et allemandes fortes d'environ 50 000 hommes dont 360 chevaliers partirent pour Constantinople, en longeant le Danube, rejoints en cours de route par 150 000 pèlerins.

 

Après avoir battu les Sarrasins au passage du Méandre, avoir été attaqué par les Turques et essuyé des volées de flèches qui heureusement ne blessèrent pas le roi grâce à sa bonne armure, ils arrivèrent à Constantinople le 4 octobre 1147. Mais la trahison des Grecs de Constantinople, qui nuisirent plus aux chrétiens qu'ils ne les aidèrent, les défauts de coordination et de subordination entre les troupes françaises et allemandes, l'ignorance des chrétiens sur les contrées qu'elles devaient traverser firent périr une grande partie de l'armée de l'empereur avant leur arrivée en Syrie.

 

 

Ils y débarquèrent en février 1148, après être tombé dans une embuscade en janvier à Pisidie où ils perdirent encore beaucoup d'hommes. Le 19 mars 1148, le couple royal accompagné d'un petit nombre d'hommes fut accueilli à Antioche par Raymond de Poitiers, oncle de la reine, le frère Cadet de son père. Raymond de Poitiers devenu Raymond d'Antioche en est devenu le souverain grâce à un habile mariage.

 

En 1136 Raymond vient d'être armé chevalier par le roi d'Angleterre quand les Francs de Terre Sainte le désignent pour être le mari d'Alix d'Antioche qui règne au nom de sa fille Constance âgée de 8 ans. De fait, Raymond épousera Constance encore enfant et deviendra maitre de la place.

 

En dépit des apparences politiques, Antioche place forte chrétienne de Turquie est une ville orientale dont le Prince est plus un Sultan qu'un roi chevalier, Louis VII va l'apprendre à ses dépens.

 

Après une année de chevauchée dans des conditions très difficiles, l'armée du roi de France ayant été agressée par des bandes de Turques et impliquée dans des intrigues Bysantines, Aliénor est enchantée d'arriver enfin à Antioche. Elle y trouve presque les charmes de l'Aquitaine. Après des mois de peur, de sueur, de sang, de larmes, elle jouit pleinement des fêtes données chaque nuit en son honneur dans les jardins dominant l'Oronte dont les eaux se jetaient dans la Méditerranée. Tandis qu'Alix bafouée s'est réfugiée dans un château isolé et que Raymond attend l'heure de consommer ses noces barbares, il fait une cour acharnée à sa nièce. Il est mieux fait de corps et plus beau qu'aucun de ses compagnons y compris le roi et les dépasse tous au métier des armes et en science de chevalerie, témoignent les chroniqueurs unanimes. Il est beau comme Lancelot et très vite Aliénor prend des allures de Guenièvre.

 

Les témoins des dix derniers jours avant l'arrivée à Antioche pourtant très loquaces ne disent ou n'écrivent plus rien, comme s'ils devaient cacher l'indicible. Certains toutefois accusent la reine d'une amitié trop tendre pour son oncle. Elle se comporte mal, l'adultère est établi. Des historiens contestent ca fait. Philippe Delorme parle même de ragots. Les insinuations sont trop concordantes pour ne pas être des preuves. Ce qui ne s'est jamais répété dans l'histoire de France. Ainsi, bien des historiens se sont également penchés sur le cas d'Anne d'Autriche avec Mazarin et de Marie- Antoinette avec Fersen ; jamais il n'a pu être avancée la moindre preuve de ces prétendus adultères. Donc dans l'odeur suave des pistachiers en fleurs, Aliénor et Raymond ne se quittent plus.

 

Même quand le roi de France est présent, il est exclu, puisque l'oncle et la nièce ne parlent qu'en langue d'Oc. Le ton monte entre les deux époux royaux. Alors que le roi veut aller faire ses voeux à Jérusalem, Aliénor entend rester avec pour aider son cher Raymond à reprendre la ville d'Edesse. Quand le roi menace de faire ses droits d'époux, elle se moque.

 

« Quels droits d'époux ?...Nous sommes parents à un degré interdit par l'Eglise ».

Ils étaient cousins au 5 ème degré. Après onze années de mariage, elle annonce au clerc royal son intention de divorcer. Louis VII se détourna alors de son projet, et perdit tout intérêt à son expédition.

 

 

Poussé par ses Barons aussi humiliés que lui, Louis VII prend enfin une décision . En pleine nuit, il part avec son escorte, fait enlever sa femme et quitte en secret la ville d'Antioche sans prendre congé. De force elle le suivra à Jérusalem.

 

Lors d'un conseil qui se tiendra le 24 juin 1148, Louis VII, Beaudoin III de J2rusalem et l'Empereur Conrad III décident d'attaquer Damas. Leurs armées furent repoussées le 28 juillet. Rien ne se passe comme le voulait le roi. D'échecs en échecs, la Croisade se traine pendant presque une année.

 

Edesse ne peut être reprise. Louis VII veut rentrer en France. Raymond de Poitiers, lui, finira mal. Il veut tenter de prendre sa revanche. Le 30 juin 1149, il est tué dans une embuscade montée par Nour El Dîn . Tous ses soldats , soit 400 chevaliers et 1000 fantassins seront massacrés et sa belle tête de héros sera livrée à son vainqueur dans un panier, qui l'enverra momifiée au Calife de Bagdad.

 

Le roi embarqua à Saint Jean d'Acre dans les premiers jours de juillet 1149, sans avoir rien solutionné surtout pas le problème de sa femme. Ils étaient d'ailleurs chacun sur un bateau différent. Il relâchait sans elle en Calabre le 29 juillet 1149, fut l'hôte du roi Normand Roger II de Sicile. Il se rendit à Rome le 10 octobre où il passa quelques semaines près du pape Eugène III où la papauté et la monarchie française se réconcilièrent , on espérait définitivement.

Il aborda enfin courant octobre à Saint Gilles avec une suite de deux ou trois cents chevaliers. Le 11 novembre 1149 le roi et la reine ensemble rentraient à Paris.

 

Cette deuxième croisade fut une terrible désillusion pour Louis VII.

 

Il avait en effet subi un quadruple échec :

 

  • Militaire : il avait perdu son armée et une partie de sa chevalerie.

  • Religieux : il ne répondit en rien aux espérances du pape et de Saint Bernard. Il n'a pu reprendre Edesse.

  • Financier : cette expédition appauvrit beaucoup le Trésor royal.

  • Enfin matrimonial : il y avait perdu sa femme et on n'avait pas fini d'en parler.

 

Ainsi l'adultère de Pétronille avait entraîné une guerre avec le Comte de Champagne et l'excommunication du roi, lesquelles ont été cause de le seconde croisade et de l'adultère d'Aliénor. L'influence de Suger et d'Aliénor dans un premier temps, de Bernard de Clairvaux dans un second temps furent , on peut le dire, catastrophiques. Heureusement Suger , pendant ces deux années de Régence, avait su conserver le royaume intacte, déjoué une tentative de coup d'état de Robert de Dreux en 1149, découragé une tentative d'invasion sur les frontières Nord et Louis VII retrouva son royaume en bon ordre, paisible et prospère. Cela est vraiment à mettre au crédit de Suger.

 

Voilà pour la première partie du règne. La seconde fut elle plus heureuse ? Vous allez en juger.

 

EXIT ALIENOR

 

Le pape et Suger font tout pour réconcilier les époux ; Ils pensaient y être arrivés car en 1150 une seconde fille est née Alix ( 1150-1195) qui plus tard épousera le Comte de Blois ; mais jusqu'à présent il est bien rare que l'on puisse recoller les morceaux d'un mariage brisé. Aliénor méprisait le roi pour ses échecs répétés bien qu'elle en fut pour une grande partie responsable et l'aventure qu'elle avait eu avec Raymond d'Antioche était restée gravée dans le coeur de Louis comme une plaie brûlante . Il ne pouvait lui pardonner d'autant plus qu'elle ne lui avait donné que deux filles en quinze années de mariage. Il aurait bien voulu un héritier et il ne lui faisait plus confiance. Il avait fait semblant de se ranger aux raisons d'état invoquées par Suger, de fait il ne voulait pas contrarier son ministre malade mais lorsque celui-ci mourut à Saint-Denis le 13 janvier 1151, plus rien ne le retint, le divorce fut prononcé par un concile à Beaugency le 18 mars 1152. Pour éviter le scandale, le prétexte banal de parenté servit à le motiver, l'arrière grand-mère d'Aliénor , Audéade de Bourgogne étant la petite fille de Robert le Pieux, arrière grand-père de Louis.

 

Louis a été blâmé par la plupart des historiens pour s'être séparé d'Aliénor mais il est toujours facile de blâmer quand on a le recul nécessaire pour juger. Ce qui n'était pas las cas du roi d'autant moins qu'Aliénor souhaitait également cette séparation...

 

En effet, celle-ci ne perdit pas de temps. Puissante, riche et dans toute la beauté de ses 30 ans. Nous l'avons vu elle correspond à l'idéal féminin du temps «  gentil corps, yeux verts, beau front, clair visage, cheveux blonds, figure riante et claire », elle jette sans aucun mal son dévolu sur un descendant du sulfureux Foulque Nerra ( 970-1140), compagnon de pèlerinage du père de Guillaume ; Henri, fils aîné du comte d'Anjou Geoffroy Plantagenêt et de Mathilde petite fille de Guillaume le Conquérant, fille héritière du fils de celui-ci Henri I d'Angleterre, mariés en 1128. Mathilde avait été soutenu , on s'en souvient, par Louis VII en 1140.

 

Aliénor épouse donc en seconde noce Henri Plantagenêt le 18 mai 1152, deux mois après son divorce, en la cathédrale de Poitiers. Il a 18 ans, elle 30 et lui apporte sur un oreiller une dot superbe : l'Aquitaine. Louis VII n'avait pas prévu au moment du divorce ce mariage et que par un extraordinaire concours de circonstance, en quelques mois, Henri va hériter de la Normandie et être porté en l'abbaye de Westminster sur le trône d'Angleterre le 19 décembre 1154 sous le nom d'Henri II. C'est ainsi qu'Henri II et Aliénor se retrouvent souverains d'Angleterre et qu'Aliénor épouse successivement les deux rois, à ce moment les plus importants d'Europe. Elle leur donnera 10 enfants dont deux rois : Richard Coeur de Lion et Jean sans Terre avant de finir pieusement sa vie à 82 ans le 1 er avril 1204 au monastère de Fontevrault où elle repose encore aux côtés de son fils Richard Coeur de Lion et de Henri II qui se révèlera être une brute débauchée. Elle n'avait pas gagné au change.

 

Louis VII face aux Plantagenêts

 

Louis VII s'aperçut mais un peu tard qu'il avait été joué. L'Angleterre pouvait revendiquer tout l'Ouest de la France de Calais à Bordeaux. Si Suger n'était pas mort ce coup l'aurait tué. Tout le travail de Philippe I et de Louis VI est à refaire et la situation est pire encore. Ce sera un élément déclencheur dans la rivalité des rois de France et d'Angleterre qui a débuté sous le règne de Henri I pour se terminer fin XIX ème sous le règne de Napoléon III et de la Reine Victoria. Les effets de la séparation de Louis VII et d'Aliénor se feront ressentir jusqu'à la fin de la guerre de 100 ans, c'est-à-dire 300 ans plus tard lorsque Charles VII chassera définitivement les Anglais d'Aquitaine.

 

Louis VII lance aussitôt une offensive contre la Normandie en compagnie du frère cadet d'Henri Plantagenêt. Mais ils seront tenus en échec par celui-ci et sont contraints de signer une trêve. Suivant la politique de ses prédécesseurs, Louis VII soutient alors les révoltes de Bretagne et du Poitou, celles des fils d'Henri II qui exigent des apanages et trouveront toujours refuge et protection chez lui.

 

Il a le soutien du Clergé en raison de sa piété et des liens historiques étroits entre l'épiscopat français et la royauté Capétienne. Les seigneurs français restent dévoués à leur Roi; Enfin le peuple de France animé par ce que l'on appellera un jour le sentiment national le soutiendra également.

 

Pour l'opinion publique la monarchie française représente le Droit juridique et religieux et les Plantagenêts que la force et l'habileté, tenant ses pouvoirs des armes, bien que ce ne soit pas tout à fait vrai comme nous l'avons vu plus haut.

 

L 'HERITIER

 

Fin décembre 1154, Louis épousa Constance fille d'Alphonse VIII roi de Castille et de Bérengère de Barcelone. Constance lui donna une première fille: Marguerite ( 1158-1197). Elle épousera en 1172 le Prince Henri d'Angleterre, Duc de Normandie ( mort en 1183) et en fin 1185 le roi de Hongrie Belle III. Mais cette nouvelle épouse perdit la vie au mois de septembre 1160 en accouchant d'une seconde fille, Alix, Adèle ( 1160-1221) qui épousera en 1195 Guillaume de Ponthieu. Elle était la quatrième fille que le roi avait de ses deux femmes. Il était toujours sans héritier.

 

La loi salique ne sera promulguée qu'en 1316 excluant les filles et même leurs descendants de la succession au trône. Hérédité même n'a pas encore triomphé; mais nous y sommes pratiquement. Nous avons vu que la monarchie était élective et le roi en associant son fils aîné, le faisait élire après lui. Il faudra deux siècles et demi pour que l'hérédité qui était la force de la monarchie capétienne et donc de la France triomphât. Ce sera pour le successeur de Louis VII. Le roi précédemment désigné ayant toujours été l'aîné la coutume de primogéniture viendra compléter le principe de l'hérédité. Ceci était déjà le droit coutumier, mais Louis VII n'avait que des filles et la Cour n'avait qu'une peur, c'est que Louis désigne une fille qui pourrait apporter la France en dot. Il fallait donc éviter cela. C'est de là que naîtra plus tard la loi salique la question se posant d'une façon plus cruciale sous Philippe le Bel. La monarchie n'est pas le résultat d'une idéologie; ses lois fondamentales ne sont pas issues d'un système décrété et inventé mais elle s'est forgée, en vertu des leçons de l'Histoire, siècle après siècle.

 

Pour l'heure il fallait éviter que la France tombe en des mains étrangères( notamment anglaise, la fille aînée de Constance étant déjà promise au Prince Henri d'Angleterre) et faire l'économie d'une guerre de dévolution qui avaient déjà émaillé l'histoire des monarchies européennes, tout en conservant la même dynastie nationale. Pour cela il fallait que le roi se remarie tout de suite, un accident est vite arrivé. Or le roi est en train de guerroyer avec les anglais. En effet, en 1155 Louis a imposé : «  la paix du Roi » et en 1156 Henri lui rend hommage pour ses fiefs français dont l'Aquitaine et l'année 1158 voit la réconciliation à Paris de Louis VII et d'Henri Plantagenêt qui logeait au Palais même du Roi.

 

Elle aboutit à la promesse de mariage dont nous venons de faire état entre Marguerite et Henri le Jeune. Mais cette paix ne dura pas longtemps car en mars 1159 Henri II décida de s'en prendre au Comté de Toulouse. Il pénétra en Languedoc et s'empara de Cahors. Une fois de plus les armées de Henri II et du roi vont s'affronter. Louis VII contraint le Plantagenet à lever le siège de Toulouse durant l'été et la guerre continue. Louis saisit trois châteaux du roi Plantagenet dans le bassin parisien mais Constance meurt. Il faut que le roi arrête de guerroyer. Cela arrange l'Anglais qui est en train de perdre pied. Un trêve est aussitôt signé à Chinon. Louis se contente d'un hommage que lui prête Henri II pour la Normandie au nom de son fils Henri le Jeune et aussitôt part en chasse d'une troisième femme.

 

C'est dans ces conditions que Louis jeta son dévolu sur Adélaïde, fille de Thibaut Comte de Champagne, son ex-ennemi qui fut de façon indirecte un peu cause de la désastreuse 2 e Croisade, mort depuis. Cette alliance lui acquit les services d'une famille puissante.

 

L'année 1163 lui vaut la naissance de la non désirée : Adèle dont l'anniversaire coïncide avec la pose de la première pierre de la cathédrale de Paris par le pape Alexandre III, construction dirigée en suite par l'évêque de Paris, Maurice de Sully, et terminée en 1345. Cette naissance se passa dans l'indifférence et l'ignorance totale.

 

Ce ne fut que deux années plus tard, le 21 aout 1165 que la reine accoucha à Gonesse du fils que le roi attendait depuis 21 ans qui reçu le nom de Philippe et le surnom de Dieudonné parce que la Reine qui pleure de joie, pense l'avoir obtenu du ciel par ses prières et ses aumônes. En tous les cas la nouvelle vole de bouches en bouches.

Les portes des églises s'ouvrent au son des trompettes, les cloches se mettent à sonner dans tout le royaume. Plus tard, les hauts faits de Philippe lui permettront d'acquérir le nom d'Auguste, peut être aussi parce qu'il est né en aout. Il sera baptisé le lendemain de sa naissance par l'Evêque de Paris et sera le seul héritier mâle de Louis VII. La Reine lui donnera une cinquième fille en 1171 : Anne qui deviendra impératrice Bysantine par son mariage en 1180 avec Alexis Commène Empereur de Constantinople( 1169-1183) puis par son second mariage en 1183 avec son successeur Andronic 1 Commène, Empereur de Constantinople (1183-1185). En 1204 elle épousera Théodore Branas, seigneur d'Andrinople.

 

Sa succession assurée, le roi pouvait reprendre les hostilités.

 

En cette fin d'année 1165, Louis VII se tourne vers le principale allié de Henri II depuis 1151, Frédéric I Barberousse, Empereur d'Allemagne, après s'être violemment opposé à lui parce qu'il avait chassé le pape Alexandre III de Rome lequel s'était réfugié en France de 1162 à 1165. Mais enserré par le royaume d'Angleterre et l'Empire Germanique il lui faut desserrer l'étreinte, il signe avec lui le traité de Vaucouleurs. Aussitôt après, il offre asile à Thomas Becket, archevêque de Cantorbery, homme étonnant par la fermeté de son caractère, en conflit avec Henri II qui prononça solennellement sa condamnation en 1167. Les hostilités reprirent donc sans plus tarder.

 

Louis poussa et aida les fils d'Henri II : Richard futur Coeur de Lion et Henri à entrer en conflit avec leur père d'ailleurs à l'instigation de leur mère, Aliénor., jusque dans les années 1172-1173. La guerre reprit ainsi avec ses hauts et ses bas. Guerre est d'ailleurs un bien grand mot ; disons plutôt guerre diplomatique. Un très petit nombre d'hommes suffisait à ces campagnes, la prise d'un château décidait d'une province, les levées de milices étaient partielles, locales et pour un très court moment, les affrontements militaires mineurs par exemple lorsque l'abbé du Mont Saint Michel, Jolivet, favorable au roi Plantagenêt, ass

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